• L’espèce humaine – Robert Antelme

    L’espèce humaine n’est pas le compte rendu du séjour de Robert Antelme dans les camps de concentration, ou du moins, ce n’est pas que cela. Robert Antelme évoque bien son enfermement à Buchenwald après son arrestation en 1944, mais à travers tous les détails de la vie dans le camp, puis dans le commando envoyé à Gandersheim, et enfin dans la fuite désespérée des SS avec leurs prisonniers dans le nord de l’Allemagne, ce qu’il cherche à démontrer c’est la logique propre au système SS, qui visait à retirer aux détenus leur appartenance à l’espèce humaine en les réduisant à l’état de bêtes, capables seulement d’agir pour la satisfaction de leurs besoins les plus naturels.

    A cette fin, les SS décidèrent de confier la garde quotidienne des détenus aux « kapos », détenus de droit commun allemands, choisis pour encadrer l’ensemble des étrangers, politiques ou droit commun, ainsi que les quelques politiques allemands. Les kapos y gagnaient des privilèges : nourriture plus abondante et plus variée, confort plus important et droit de maltraiter l’ensemble des détenus.

    Ce qui importait le plus aux détenus « ordinaires », c’était donc bien d’affirmer leur nature humaine face aux tortionnaires qui la niaient. Cela passait d’abord par la solidarité qui devait s’établir entre tous. Difficile à maintenir dans de tels groupes, elle était un élément déterminant pour faire front face à l’oppresseur. Pour l’accompagner et la renforcer, la culture jouait aussi un rôle non négligeable, comme le montre cette extraordinaire scène où des détenus de différentes nationalités et langues récitent de mémoire des poésies, ou chantent.

    Robert Antelme décrit cette opposition sourde des hommes aux tortionnaires nazis et à leurs supplétifs avec une extrême minutie, qui permet de bien comprendre le système concentrationnaire dans sa nature, si différente de tous les modes d’asservissement ayant pu être expérimentés par des hommes auparavant.

    Ainsi se dégage la volonté irréductible de ces hommes de se maintenir en vie sous la plus ignoble des conditions, et de ressentir chacun comme une blessure personnelle l’exécution ou la mort d’épuisement de l’un de leurs camarades.

    Dans cet ensemble absolument inouï se détache le mot d’un détenu allemand déjà âgé qui, dans l’atelier, recommande à ses compagnons étrangers dans l’accomplissement de leur travail : « langsam ! » - lentement -, ultime forme de la résistance passive.

    Il s’agit d’un ouvrage majeur qui bouleverse les idées et les sentiments que nous pouvons détenir sur la permanence de la vie humaine.

     

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