• Le plaisir du texte - Roland Barthes

    Pourquoi lisons-nous ? Pour que les livres continuent d’attirer des lecteurs après tant de siècles d’accumulation d’ouvrages de milliers d’écrivains, il faut bien que les lecteurs retirent quelque avantage de leur lecture.

    Il y a les manuels scolaires, qui sont des instruments d’instruction et dont le but n’est guère d’apporter un plaisir aux lecteurs, quoique cela puisse néanmoins se produire, généralement à l’insu de leurs auteurs et à l’encontre de leurs intentions.

    Mais il y a surtout toute la littérature romanesque, et c’est ce domaine qui suscita la réflexion de Roland Barthes.

    Il distingue deux types de gratifications que la lecture de romans peut apporter au lecteur : le plaisir et la jouissance.

    Le premier accompagne le plus souvent selon lui la lecture d’auteurs reconnus : il cite notamment Proust et Flaubert, et le lecteur qui lisait régulièrement ses chroniques dans Le nouvel observateur des années 1970 n’en sera pas surpris. Combien de fois n’aura-t-il pas apprécié le rapprochement que Barthes effectuait d’un incident de la vie quotidienne à un passage de La Recherche du temps perdu ? Ces chroniques, sans doute composées sous l’effet du plaisir de retrouver dans la vie courante une impression marquante de l’œuvre étaient souvent de nature à enchanter les lecteurs de Barthes.

    En revanche, il percevait la jouissance plutôt du côté des auteurs les plus modernes, et l’on peut concevoir en effet que les ruptures du style classique qu’opérait un écrivain comme Claude Simon, par exemple, produisent plus facilement la jouissance que le plaisir.

    A lire de tels romans, le lecteur qui vainc la difficulté inhérente à leur narration peut en ressentir une véritable jouissance, comparable, quoique sur un autre plan, aux effets produits par les textes de Sade ou de Choderlos de Laclos.

    Roland Barthes met en garde son lecteur cependant : le plaisir n’est pas garanti. Le lecteur qui relit un ouvrage qui lui procura le plus grand plaisir peut perdre celui-ci totalement à l’issue de sa relecture : c’est aussi une expérience que des lecteurs confirmés peuvent avoir vécue à plusieurs reprises.

    Ce court essai se présente au lecteur sous un nombre significatif d’entrées, renonçant ainsi à l’esprit de système et rendant sa lecture à la fois plus vive et moins didactique : il eût en effet été fâcheux qu’un tel texte devînt un pensum fastidieux. Heureusement, Barthes l’a agrémenté de quelques facéties à sa façon, comme la table finale renvoyant à différentes notions, énumérées par ordre alphabétique, selon les numéros de pages croissants.

     

     

    A lire :  Le degré zéro de l’écriture – Roland Barthes 

     

     

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