• Le Prince – Machiavel

    Il est toujours utile de revenir à la lecture du Prince pour se confronter à la logique de Machiavel, qui rend son ouvrage si vif. Cet essai qui connut très tôt un grand succès a de tout temps été simultanément encensé pour sa perspicacité et vivement critiqué pour son absence de morale. Les plus grands penseurs politiques, de Hobbes et Spinoza à Rousseau et Tocqueville, s’y sont référés, pour insister sur sa grande pénétration, jugeant parfois, comme Rousseau, que son absence affichée de toute morale constituait un signe que l’auteur voulait donner une leçon aux hommes de ce qu’il convenait de ne pas faire.

    Il est cependant très clair que le Prince est d’abord une leçon de politique à l’usage des gouvernants. L’ouvrage, écrit dans le contexte de l’Italie du XVIème siècle, décrit les mœurs de l’époque, et montre par des exemples précis les bonnes pratiques de gouvernement dans un monde de conflits permanents entre petits Etats morcelés, en proie à la convoitise de leurs voisins.  

    Il est incontestable néanmoins que la lecture du Prince, pour éclairante et pénétrante qu’elle soit, ne suffit pas à appréhender la philosophie politique de Machiavel dans toute son étendue. Il est indispensable de la compléter par la lecture des Discours sur la première décade de Tite Live, ouvrage beaucoup plus long, inspiré de l’expérience romaine, dans lequel Machiavel prit le temps d’exposer toutes les réflexions que lui suggérait l’évolution de l’Empire Romain et en quoi les règles qui ont présidé à sa constitution et à son expansion peuvent être adaptées à toute situation d’un Etat qui souhaite assurer sa permanence.

     

    Il est significatif que Spinoza, dans son Traité politique se soit référé à Machiavel à plusieurs reprises, le jugeant toujours  « très pénétrant » comme l’a bien analysé Paolo Cristofolini. En fait, de Hobbes, qui développa la première théorie du contrat social, à Tocqueville, qui exposa méticuleusement les caractéristiques de la démocratie bourgeoise à l’américaine, tout en sachant décrypter les principaux ressorts en œuvre dans la Révolution française, en passant par Rousseau, l’un des concepteurs de notre modèle de démocratie, les principaux penseurs politiques étaient redevables à Machiavel des prémices de leurs théories. 

     

    A lire aussi :

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