• Miracle de la rose – Jean Genet

    Jean Genet relate son séjour à l’abbaye de Fontevrault, transformée en prison au début du siècle dernier – séjour que sa biographie n’atteste pas, mais le prestige de Fontevrault, où les détenus côtoient les gisants des Plantagenet, et la proximité de la colonie agricole de Mettray, où les jeunes délinquants, dont Genet, étaient envoyés après avoir commis un premier délit, conféraient à cette prison une aura particulière à laquelle Genet était particulièrement sensible.

    Avant même son arrivée à Fontevrault, il savait qu’Harcamone, qu’il avait connu à Mettray, avait été condamné à mort pour le meurtre d’une fillette et y attendait son exécution, ce qui était, dans l’échelle de valeur des détenus, le summum du parcours que ces délinquants pouvaient atteindre. Genet y ressent naturellement le drame de son ancien camarade, tout en affirmant la gloire d’une telle fin.

    A Fontevrault, Genet retrouve un certain nombre de ses anciens compagnons de Mettray et tout son récit, rédigé dans une langue étonnamment poétique, est constitué d’une alternance des motifs de Mettray et de la vie interne de Fontevrault, où pèse la dureté des gâfes et la rouerie des marles, que viennent compenser les idylles qui se nouent et se dénouent entre détenus. Genet rapporte de façon détaillée son attirance précoce pour les garçons, favorisée par sa détention à Mettray d’abord, et qu’il renouvelle à Fontevrault, montrant toutes les manœuvres pratiquées pour déjouer la surveillance des gardiens, et toutes les joies ou les souffrances causées par les relations heureuses ou contrariées.

    La centrale de Fontevrault apparaît dans ce contexte comme un durcissement extrême de la douleur infligée aux détenus par rapport aux conditions, malgré tout plus modérées, de Mettray. Des amours brisées, des jalousies entre détenus surgissent. Des tentatives d’évasion débouchent parfois sur des résultats catastrophiques.

    Il apparaît clairement que tout ce récit est nourri de la longue expérience de l’univers carcéral qu’avait accumulée Jean Genet. Néanmoins, c’est l’imagination poétique et le fantasme seuls qui accompagnent la marche à la mort d’Harcamone, dans une veine fantastique qui la métamorphose en miracle de la rose.

    Au final, aussi dérangeant soit-il, il s’agit d’un très grand livre.

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